Le danger du RN pour la Bretagne

Le danger du RN pour la Bretagne

de Douar ha Frankiz

● Resté longtemps minoritaire en Bretagne, le vote RN est en forte croissance ces dernières années.

Ce phénomène a plusieurs origines ;  notons un ras le bol d’une partie de la population pour les grands partis nationaux français qui se partageaient jusqu’alors le pouvoir. Il y a aussi la déception du double mandat de Macron et la propagande d’extrême-droite toujours plus présente sur les réseaux sociaux ainsi qu’à la télévision. Pourtant, c’est un parti qui s’efforce tant bien que mal de dédiaboliser son image quand le fond lui ne change pas.

En Bretagne certains s’y opposent, d’autres se contentent d’observer sans trop se poser de question, et quelques-uns en viennent même à affirmer sur les réseaux « j’aime la Bretagne je suis fier d’être Breton et je vote RN”. Ignorent-ils alors qu’ils apportent leur soutien à l’un des pires partis possibles pour notre pays ? 

Par les points qui suivent, nous souhaitons apporter aux lecteurs quelques arguments pour contrer l’idée que le vote RN pourrait être une solution envisageable, et qu’il est au contraire un poison pour la Bretagne ; 

Le danger du RN pour la Bretagne

▪︎ 1) Suppression des régions et disparition de la Bretagne : 

● « Les région c’est l’avant bataille de la présidentielle » s’exprimait Gilles Pennelle au Ouest-France, se targuant d’un slogan pour le moins ironique : « une Bretagne forte », une probable faute de frappe entre le « f » et le « m » car un tout autre projet est affiché depuis plusieurs années. En effet, tout Breton ou Bretonne ayant pris la peine de se renseigner sur les intentions du RN pouvait lire dans son programme de 2017 ; 

« Collectivités – Suppression des régions : conserver trois niveaux d’administration au lieu de six actuellement »

> Le programme de Marine Le Pen pour la présidentielle 2017

– Le Parisien 

Projet toujours d’actualité et confirmé il y a peu par Jean-Philippe Tanguy tel que suit ; 

« Il a défendu la suppression de « l’échelon politique de la grande région ». « Il faut faire collaborer les départements entre eux, ça suffira amplement » 

> Supprimer les régions : la piste étonnante du RN pour combler le déficit – Le Parisien 

Ainsi que par Jordan Bardella.

Le message est clair, quand les Bretons et les Bretonnes veulent plus de décentralisation, d’autonomie, de capacité de décision et d’action chez eux sans dépendre du bon vouloir des autorités parisiennes et de leurs sous-fifres parachutés, (ou locaux leur ayant prêté allégeance) le RN prend la direction inverse et propose la disparition pure et simple de la Bretagne, déclarant ne souhaiter garder que les départements (diviser pour mieux régner !). Pourtant, le peuple Breton avait déjà affirmé sa volonté de ne pas voir la Bretagne disparaître des cartes dans un projet de Grand-Ouest – sans âme – en 2014. Bretons et Bretonnes s’étaient au contraire fortement mobilisés par dizaines de milliers pour la réunification à cette même période, afin que l’intégrité territoriale de la Bretagne soit enfin respectée, et ce en accord avec la volonté populaire, confirmée par les sondages au fil des ans ;

> A Nantes, plus de dix mille partisans de la «réunification de la Bretagne» 

– Le Parisien 

Une Bretagne qui n’a pas les structures et institutions politiques/administratives pour se représenter dans son ensemble (comme pourrait l’être une assemblée de Bretagne à 5 départements) n’est vouée qu’à disparaître sous la domination de l’État français.

Rappelons également quelques chiffres provenant de l’enquête « Radioscopie du régionalisme en 2025 » menée par l’IFOP pour « Régions et peuples solidaires » ;

> 68% des Français estiment que les collectivités locales n’ont pas assez de pouvoir par rapport à l’État

> 71% sont favorables à ce que la France renforce considérablement le pouvoir des Régions 

> 73% des Français soutiennent la possibilité des Régions à adapter les lois nationales pour tenir compte des réalités locales 

> 90% des Français considèrent que l’État central est ainsi trop déconnecté des réalités locales.

Ces revendications aux antipodes du programme porté par le RN trouvent un écho très favorable en Bretagne, souvent en tête de cortège avec entre autres la Corse, l’Alsace, le Pays Basque, sans oublier dans les territoires hors métropole comme en Kanaky où ces revendications sont largement partagées.

Autres exemples parlants : les élus de la région Bretagne avaient voté le 8 avril 2022 un vœu afin « d’entamer des discussions pour la définition d’un possible modèle d’autonomie pour la Bretagne », presque à l’unanimité. C’était sans compter sur l’opposition du RN. Et de remettre ça le 16 Octobre 2025 : le conseil régional de Bretagne a réitéré sa revendication d’autonomie législative, réglementaire et fiscale pour une Bretagne réunifiée. Adoptée à 61 voix sur 83, LR et associés s’étant abstenus et le RN ayant à nouveau voté contre.

> Bretagne. La Région demande à l’État davantage d’autonomie 

▪︎ 2) Attitude plus qu’hostile envers nos langues ; 

Le danger du RN pour la Bretagne

● En 2007 déjà Marine Le Pen disait à propos du breton dans l’émission ripostes :

« Vous avez aujourd’hui sur les panneaux routiers non plus seulement le nom de la ville en breton, ce qui pouvait être compréhensible, mais aussi des choses comme « Toutes directions » ou « Zone commerciale ». C’est-à-dire qu’on revient au bilinguisme et ça c’est extrêmement grave »

Dans une interview accordée à Ouest-France en 2022 elle se dit défavorable à l’enseignement du breton dans les écoles. « Leur apprentissage ne pose aucun problème à condition qu’il se fasse dans le parascolaire ou le milieu associatif. Pas à l’école »

Quiconque ayant suivi ou suivant actuellement des cours du soir sait qu’il n’est pas facile de devenir bilingue sans un travail de plusieurs années pris sur son temps libre (quand il y en a et qu’il correspond aux horaires de cours proposés) qui doit être complété par des heures de travail chez soi, ce qui n’est pas simple pour tout le monde.

Les méthodes les plus efficaces actuellement sont l’enseignement immersif ou bilingue, et les formations intensives de 6 ou 9 mois pour les adultes.

Or, vouloir sortir l’enseignement de la langue bretonne ou du gallo du contexte scolaire, c’est freiner inévitablement l’apparition de nouveaux bretonnants / gallésants et participer la chute drastique du nombre de locuteurs à laquelle la Bretagne doit déjà faire face.

Nos langues ne doivent pas avoir vocation à être de « loisir » exclusivement, mais au contraire prendre pleinement place dans la société bretonne et continuer à être des vecteurs d’ancrage et d’enrichissement culturel. Cette offre doit s’étoffer et s’ouvrir au plus grand nombre de volontaires possible, que ce soit par le biais de l’école, des associations ou d’autres médias à envisager.

On observera également deux commentaires dans ce même article : 

> Un « Très favorable »  à l’enseignement de l’histoire régionale à raison d’une heure tous les quinze jours, soit une demi heure par semaine seulement. Cela semble plus être une tentative risible de gagner quelques points d’estime sans trop se mouiller (quel serait d’ailleurs le programme de cet enseignement ? Une narration et étude objective des faits ou un discours du roman national français ?).

> Un timide « Pas opposé » à une région Bretagne à 5 départements. De fait, il n’aurait pas été judicieux de la part du parti d’extrême-droite de rappeler son programme sur les régions. Il apparaît évident que cette Bretagne à 5 ne sera plus un débat d’actualité lorsque les conseils régionaux auront été supprimés !

Cette hostilité envers nos langues et cette volonté de les maintenir en seconde zone n’est pas un avis isolé de Marine Le Pen. Il appartient bien à un système de pensée jacobine dans lequel s’inscrit le RN.

Prenons un autre exemple parmi les nombreuses déclarations de Gilles Pennelle lors de son entretien sur Brezhoweb en 2021 à propos de l’enseignement en breton : 

« En ce qui concerne l’école faut (sic) que ça reste optionnel […] pour ceux qui veulent mais pas à tous »

Il s’agit à nouveau d’une tentative d’arrondir les angles, car nulle initiative pour la valorisation de manière significative de l’enseignement de nos langues ne semble émerger. Le français imposé pour tout le monde, mais le breton et le gallo relégués en arrière plan. Tandis que dans de nombreux pays du monde, le bilinguisme est la norme.

▪︎ 3) Quand le RN est élu …

● Localement c’est le social et l’associatif qui en pâtissent, que ce soit par exemple via une volonté de contrôle sur le milieu associatif, ou des coupes des budgets. Les exemples ne manquent pas ; dans les villes gérées par le RN : budgets sociaux sabrés, démocratie entravée, indemnités des maires augmentées…

> Un maire RN en guerre contre le Secours populaire, qu’il accuse de « propagande pro migrants ».

– Basta!

> Contre les associations, les maires FN règnent par la peur – L’Humanité

Sachant qu’en Bretagne la situation est déjà tendue sur de multiples aspects :

> La culture et la langue bretonnes en danger face aux coupes budgétaires 

– HIT WEST ;

« La culture et la langue bretonne menacées par les coupes budgétaires : c’est le cri d’alarme lancé par de nombreuses associations, à travers toute la Bretagne historique. Des associations doivent faire face à des baisses voire à des suppressions pures et simples de subventions. De quoi menacer des emplois, et la transmission même de la langue et de la culture bretonne ». 

Gardons à l’esprit que les Bretons paient des impôts qui pour la majorité ne leur reviennent pas et que la région se voit allouer un budget ridicule qui pourrait être revu à la hausse si elle pouvait gérer elle-même ses affaires.

À l’Assemblée nationale  le Rn a voté (entre autres) contre : 

> L’augmentation du SMIC

> Le gel des loyers

> L’augmentation des moyens pour lutter contre la fraude fiscale

> Le rétablissement de l’ISF (1 vote contre et 63 abstentions)

> La Création d’un service public à la petite enfance

> L’égalité salariale (vote des eurodéputés au Parlement européen)

Et ce ne sont que quelques exemples des nombreuses prises de positions contre les classes populaires qu’ils prétendent défendre à coups de grands discours hypocrites : tout dans l’image, rien dans les actes !

> Le RN ment et on le prouve | 

– CGT 

> Le RN n’est pas l’ami des travailleurs, la preuve par ses votes | 

– Mediapart 

▪︎ 4) Non à l’extrême droite Française… et à l’extrême droite tout court !

● Il semble important de rappeler que si cet article s’en prend à l’extrême droite dite française, l’extrême droite en général, d’où qu’elle vienne, porte un programme réactionnaire et historiquement raciste et xénophobe. Ses mesures antisociales ne sont pas une inspiration sérieuse ni désirable. Ni en Bretagne, ni nulle part ailleurs.

Défendre une partie des aspects culturels bretons choisis à la carte pour aller dans le sens de son agenda politique ne rendra pas l’extrême-droite fréquentable pour autant. Les Bretonnes et les Bretons qui souhaitent militer pour le bien de la Bretagne doivent en avoir pleinement conscience. Levons-nous et luttons pour une Bretagne plus juste qui puisse s’exprimer pleinement, sans être entravée par un pouvoir centralisateur ou des agents aux ordres de Paris. Notre pays souffre de leurs entraves depuis trop longtemps.

Bevet Breizh Dieub !

Vive la Bertègn Libr !

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