Journée internationale de lutte pour les droits des femmes.

Journée internationale de lutte pour les droits des femmes.

de Douar ha Frankiz


En ce 8 mars, journée internationale de lutte pour les droits des femmes, Douar ha Frankiz tient à
réaffirmer son engagement dans le combat féministe. Notre parti, fort de plusieurs années
d’existence, n’aurait jamais pu naître sans le travail et l’implication de femmes passionnées et
convaincues par les idées indépendantistes. Venues d’horizons différents, mais toutes assurées de la
nécessité de mener encore à ce jour la bataille pour la dignité du peuple breton, elles ont infusé leurs
connaissances pratiques et théoriques au sein du parti, qui en est ressorti grandi, plus mûr.

Aujourd’hui, une nouvelle génération de militantes porte les valeurs de liberté et d’émancipation
chères à notre organisation. Comme leurs prédécesseures, elles apportent un soutien théorique et
matériel décisif au parti, actualisent les connaissances en matière de littérature féministe et
d’avancée sociale. C’est pour cela qu’il nous paraissait important de commencer ce communiqué en
leur rendant hommage, en nous rendant femmage !


En 2026, rien n’est acquis. Ce qui a été gagné hier pourra être défait demain. Les événements des
années passées nous le montrent : dans le monde, jamais les droits des femmes n’auront été aussi
discutés, questionnés, bafoués ou, tout simplement, supprimés. D’Est en Ouest, les cultures
patriarcales assènent le contrecoup aux avancées féministes d’un revers de bâton, signe qu’une
société connaît une période de déclin. En période de récession ou de troubles politiques, les droits
des catégories dites « minorisées » sont parmi les premiers à passer à l’écrémeuse du système.


En Afghanistan, le terrible sort des femmes et des filles que le régime taliban a réduites à un statut
d’esclaves n’en finit plus d’indigner. Que faire face à la cruauté des hommes envers celles qui
constituent l’autre 50 % de la population ? Comment faire front face à l’exploitation marchande et
sexuelle des de femmes et de filles migrantes, exilées, en situation de précarité ou bien encore
abandonnées par l’aide à l’enfance, achetées et revendues à travers l’Europe pour le compte
d’hommes qui ne les voient comme rien de plus que le produit d’une transaction marchande ? En
même temps que les théories masculinistes gagnent en popularité chez les jeunes hommes
notamment via les réseaux sociaux, la prolifération de l’extrême-droite se répercute sur nos droits
reproductif partout en Europe1.


Dans ses travaux, l’écrivaine Maria Mies2 (1931 – 2023) montre le lien évident entre patriarcat,
colonialisme et capitalisme. Elle y décrit notamment comment les femmes, la nature et les colonies
forment une triple-exploitation dans le système d’accumulation capitaliste. Selon elle, la classe des
femmes, la nature et les colonies sont toutes les trois intégrées au système capitaliste moderne, et
subissent des traitements similaires ; dévalorisation, hiérarchisation et appropriation.


Cela signifie concrètement que les femmes produisent à la fois un travail visible et rémunéré, et un
travail domestique qui lui n’est pas rémunéré (la reproduction de la force de travail et l’entretien du
foyer), sans lequel pourtant le capitalisme ne pourrait pas tourner. Les femmes constituent ainsi
singulièrement une espèce de « colonie interne » au système industriel.


Secondement, les colonies se retrouvent sensiblement dans des conditions similaires. Les États
dominants se servent de leur emprise politique et économique pour leur soutirer des richesses
variées ; à la fois ressources naturelles (métaux précieux et minerais, pétrole, gaz, productions
agricoles, horticoles, arboricoles), foncières (mainmise sur les terres), mais aussi travail forcé ou
main d’œuvre bon-marché. Souvent, l’État-colon profite de la situation géographique de la colonie
pour tirer profit de sa situation internationale (contrôle des routes commerciales). Enfin, la nature
n’est pas en reste : le capitalisme exploite à grande échelle les ressources terrestres pour les raisons
précédemment évoquées.


Douar ha Frankiz, dans son essence libertaire, reconnaît aux femmes et aux peuples « minorisés »
leurs conditions « subalternes ». Non pas qu’elles et ils le soient par nature, mais plutôt en tant que
produit d’une manipualtion culturelle. C’est notamment par cette reconnaissance, cette prise deconscience, que notre parti entend déjouer les manœuvres des néo-conquistadors et leurs ambitions
expansionnistes. Mettre des mots et des idées sur le réel, c’est montrer le monde et ce qui l’organise
en tant que système global. A l’heure de l’ultra-mondialisme et des flux incessants, il est du devoir
de toute organisation politique de gauche de mettre en lumière les rouages de l’appareil techno-
industriel, de le nommer et de l’expliquer. Sans cela, il nous serait impossible d’en sortir. Ainsi,
nous insistons sur la nécessité de rappeler les fondations patriarcales du « Monde-Machine »3. Dans
cette conception du système-monde, les femmes, la nature et les colonies forment le triptyqu
perdant de la course au pouvoir et à la puissance. Il nous apparaît inévitable de faire le parallèle
avec la situation des peuples « minorisés », en se gardant de toute comparaison fallacieuse. Comme
les femmes, ceux-ci se retrouvent dans une situation de dépendance économique. Toute proportion
gardée, nous relevons des similarités entre le travail invisibilisé des femmes et les peuples
opprimés, le contrôle des corps des unes et la gouvernance coloniale des autres, le rejet symbolique
de la culture du « care » qui leur est associée, et la chosification voire la folklorisation de traditions
et de cultures ancestrales. Dans les deux cas, la domination est naturalisée ; les femmes seraient
« naturellement » bonnes pour le soin et l’entretien domestique, les colonies et peuples assujettis
naturellement faits pour vivre sous la coupe d’une entité dominante.


La Bretagne, naturellement faite pour produire légumes, jambons et stations balnéaires ? Vraiment ?
Selon Maries Mies, ou bien encore Vandana Shiva, une autre féministe indienne de la subsistance,
la domination des femmes et celle de la nature sont toutes les deux issues du patriarcat. Cela
apparaît évident lorsque nous nous intéressons aux bases qui forment notre système techno-
industriel ; il exige qu’une partie de la population (les femmes) accepte que son dévouement au soin
de l’autre partie de la population (les hommes) soit inhérent à sa nature, pour que cette même
autre partie de la population puisse se consacrer à l’entreprise productiviste. Au-delà de questionner
la place des unes et des autres et de se proposer de démanteler les divisions sexuées du travail (que
le genre vient appuyer), les féministes de la subsistance dénoncent la perspective d’une croissance
illimitée, et lui opposent une vision alternative et résolument révolutionnaire, basée sur le respect de
la nature, des peuples et des corps.


Contre l’industrialisation des pratiques, elles invoquent l’autonomie comme véritable sortie de
crise des dominations : autonomie culturelle et politique, autonomie alimentaire et technique. Loin
des revendications réformistes des féministes libérales des deuxième et troisième vagues, les éco-
féministes radicales ambitionnent plutôt de renverser les sociétés techno-industrielles
contemporaines, pour les transformer en des modèles politiquement, socialement et
écologiquement durables. En prônant la décroissance, elles prennent le contre-pied aux discours de
développement infini dans un monde fini, dont les limites sont franchies jour après jour.


A une époque où l’accumulation semble être devenue synonyme de réussite, les écrits de ces
femmes apparaissent comme des prises de position dissidentes et novatrices, pleines de courage.
C’est là tout le propos de Douar ha Frankiz en cette journée très spéciale de lutte pour les droits
des femmes : rappeler qu’une autre voie est possible. Nous militons pour la terre et pour la liberté ;
cette dernière passe notamment par la reconquête de notre autonomie politique, et une rupture nette
avec le modèle colonial. Pour cela, il nous faut nous extirper des restes de patriarcat qui nous
retiennent encore aujourd’hui en arrière. Cela implique d’avancer sur les questions féministes les
plus élémentaires (salaires, droits reproductifs, violences symboliques, sexistes et sexuelles), mais
également de réfléchir aux conséquences de siècles de domination masculine sur nos
représentations symboliques. En questionnant tout cela, nous ouvrons une porte sur un futur
émancipateur pour les femmes du monde entier, et pour le peuple Breton. Nous le devons, pour la
mémoire des générations de femmes qui nous ont précédé, et pour la dignité de celles qui nous
suivront.


Merc’hed dieub en ur vro dieub !
Femmes libres dans un pays libre !Bevet Breizh dieub !

  • Douar ha Frankiz
    1 ; https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2025/11/europe-existing-barriers-to-abortion-access-
    compounded-by-alarming-attempts-to-roll-back-reproductive-rights/
    2 ; Nous vous renvoyons à l’excellent podcast « Patriarcat & capitalisme selon Maria Mies » du
    blog FLORAISONS ; https://floraisons.blog/patriarcat-et-capitalisme-selon-maria-mies/
    3 ; selon l’expression consacrée par le duo grenoblois « Pièces & Main d’Oeuvre », dont nous vous
    conseillons vivement le podcast enregistré en compagnie de FLORAISONS ;
    https://floraisons.blog/face-au-monde-machine/

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