Sur les éco-régions LFI

Sur les éco-régions LFI

de Douar ha Frankiz

Jean-Luc Mélenchon et les Insoumis sont désormais en campagne pour les futures présidentielles françaises. Lors de son meeting de lancement à Saint-Denis, le leader insoumis a évoqué un nouveau découpage hexagonal. Ce découpage, censément basé sur des « écorégions » imaginées autour des cours d’eau, est supposé supplanter les régions administratives actuelles et serait une solution face aux enjeux climatiques. Ce projet doit permettre une adéquation entre les zones de décision politique et le cycle de l’eau.

Rapidement, cette annonce a été associée à une carte de six grandes régions, dont toute ressemblance avec les provinces romaines serait parfaitement fortuite si elle ne révélait pas un impérialisme tout jupitérien. Une région Bretagne-Loire y était comprise, présentant clairement la disparition d’une instance politique propre à la Bretagne et donc sa destruction politique.

Depuis, ce projet a bénéficié d’un service après-vente sur les réseaux sociaux pour garantir sa pertinence face aux enjeux climatiques. Cette proposition, drapée dans le bon sens écologique, oublie d’évoquer que, dans ce domaine, il existe déjà un bassin Bretagne-Loire compétent pour gérer l’eau. L’État, malgré ses carences réelles dans le domaine, dispose malgré tout de personnels compétents dans ses services qui avaient déjà réalisé un projet cohérent pour la gestion de l’eau.

Le territoire naturel de Loire-Bretagne – Agence – Agence de l’eau Loire-bretagne

Ainsi, cette proposition de redécouper, depuis le haut, les territoires avec pour seule analyse l’hydrographie révèle davantage le biais profondément jacobin de la gauche et de l’écologie françaises qu’un projet pertinent sur le plan écologique. En effet, la prise en compte des continuités naturelles n’est pas incompatible avec une gestion collective de l’eau ; autrement, le Danube ou le Rhin nécessiteraient immédiatement la disparition des États-nations au profit d’un État européen.

Penser un espace politique comme forcément fermé et verrouillé montre, encore une fois, la logique de domination et de contrôle propre au politique français, incapable d’envisager des cadres souples et ouverts. Dès lors, en envisageant un découpage unilatéral des pays tout en prônant, en parallèle, un droit des peuples à l’autodétermination, la gauche française révèle avant tout son mépris pour les peuples minorisés présents dans l’Hexagone et une tendance qui doit tous nous alerter.

Pour la Bretagne, le risque de disparition est clair et, à minima, son démembrement sera maintenu. Pour le reste, cela montre combien la gauche française est ennemie des peuples minorisés hexagonaux et un allié dangereux pour les autres.

Une Bretagne à quatre départements… au fil de l’eau

Lors de sa conférence de presse du 2 juillet, le leader insoumis est revenu sur cette proposition. En confirmant le projet d’écorégions, basé sur les cours d’eau, il ne peut manquer d’observer que la Bretagne se démarque fortement du reste de la France, y compris sur la base hydrographique. En effet, la carte présentée montre la myriade de fleuves et de rivières bretonnes, déconnectés du territoire français. Seule la Loire, sur sa partie maritime, est clairement associée à cet ensemble.

Face à la levée de boucliers observée, le leader insoumis a botté en touche sur la carte des six régions pour concéder une carte plus découpée, où la Bretagne continue d’exister, mais à quatre départements. Cette fois-ci, l’argument de la partition sera le goût de l’eau qui arrive à Saint-Nazaire.

Cette logique de découpage naturaliste reprend, in fine, la logique coloniale et naturaliste observée les siècles précédents dans les empires coloniaux, où seul le fait naturel était valable dans des territoires considérés comme vierges ou sans civilisation.

Le projet reprend ici point par point une logique coloniale :

1. une décision extérieure imposée ;

2. une argumentation du « bon sens » et de la « nature » ;

3. un mépris et un déni des peuples et des cultures concernés.

L’aspect imposé est clair : cette carte n’est issue d’aucun avis, reprend des découpages contestés par des milliers de signataires de pétitions et de manifestants, et le bon sens naturel est contredit par l’argument lui-même, la Bretagne étant dans ce cas atypique. La collectivisation des politiques de l’eau est déjà en cours malgré le découpage actuel.

Avec cette logique, La France insoumise, mais encore plus la gauche française, par son acceptation du projet, a montré que la suppression de pays entiers et de peuples n’était pas un problème pour elle. Personne en son sein n’a semblé choqué par la carte des six écorégions ; cela n’est arrivé que dans les pays eux-mêmes, bien conscients de l’effacement prévu.

Les pays et les peuples, un ancien monde

Au cours de son discours, Jean-Luc Mélenchon reconnaît pourtant l’existence d’un fait culturel et social, en plus des limites naturelles. Cependant, pour lui, cela relève avant tout de « l’ancien monde, pour ne pas dire de l’Ancien Régime ». Ce refus de reconnaître les pays et les peuples minorisés de l’Hexagone et leur réduction à un écho du passé monarchique est récurrent dans la gauche jacobine, mais, pour la première fois, elle évoque sans détour leur destruction.

JLM évoque les réticences comme une réaction passéiste. Confronté à la question de la Bretagne, il répondit : « Pourquoi la Bretagne ? […] Pourquoi la Bretagne plus qu’une autre ? »

Tout simplement parce que la Bretagne est un pays, que les Bretons sont un peuple et qu’en tant que tel, ils ont le droit à l’autodétermination que prônent en parallèle les Insoumis.

JLM voit la Bretagne comme un « coin de France » comme un autre et refuse catégoriquement de lui concéder un particularisme ou même un intérêt minimum. Pour lui, la Bretagne, ce sont des ports, des champs et des rivières, occasionnellement un réservoir de colleurs d’affiches.

Au final, revient ici le standard français : « Effacez-moi ces peuples que l’on ne saurait voir. »

Cette position est criante au regard de l’actualité corse et des débats sur son autonomie. Depuis des jours, les poncifs français, de droite comme de gauche, refusent de reconnaître le droit des Corses et parlent de « danger », de risque pour la France. Comme si reconnaître un peuple risquait de détruire la France.

Le seul risque est de détruire leur vision fantasmée de la France, où il n’y a qu’un seul peuple. Ils s’efforcent, et désormais sous couvert d’hydrographie, de faire rentrer les peuples de France, sous des formes différentes, dans le moule du Français, moule carré et abrupt, comme le ferait un enfant dans une salle de jeux.

Cette vision selon laquelle nos peuples appartiendraient au passé est une forme de mépris continu de la part de la France et une schizophrénie pour La France insoumise, qui revendique le soutien à l’indépendance des Kanaks (sous accord électoral des colons français) et qui, en même temps, invisibilise les peuples présents autour d’elle.

Une gauche jacobine ou une droite fasciste ?

Dans ce contexte, le mépris des peuples minorisés et le projet de leur effacement doivent nous alerter.

En se lançant si loin dans ce projet contre nos pays, la gauche française montre que, même en opération de séduction, elle ne veut pas nous accorder un minimum de reconnaissance.

Il apparaît qu’avec La France insoumise, la polarisation antifasciste lui donne la possibilité de tomber les masques et d’assumer son jacobinisme, consciente que l’enjeu est tel face aux fascistes que nous nous résignerons malgré tout à voter pour elle.

Ce chantage, atroce car il ne se berce même plus d’apparat, est pour nous intolérable. Nous ne pouvons cautionner la disparition ou l’invisibilisation de notre pays pour éviter le fascisme.

La France insoumise joue un jeu dangereux en piétinant les peuples minorisés et en demandant en même temps qu’ils serrent les rangs avec elle.

Si l’on associe ce projet, qui, à minima, maintient et renouvelle la partition bretonne tout en portant en lui l’idée de la disparition de notre pays, avec les propositions concernant nos frères colonisés, il apparaît que La France insoumise n’est pas l’alliée qu’elle prétend être.

En prévoyant, par exemple, que l’indépendance de la Kanaky dépendrait du vote des Français dans leur ensemble (métropole et territoires ultramarins), la FI crée les conditions du « non » et du refus démocratique opposé aux Kanaks.

Demanderions-nous à Israël de voter pour l’indépendance de la Palestine ?

Alors que faire ?

Déjà répondre. JLM a appelé à contacter les responsables de son projet d’écorégions (ecoregionmelenchan2027@gmail.com) : contactez-les ! En breton, en gallo, qu’ils comprennent qu’une région n’est pas juste un espace naturel (même si cela vaudrait mieux pour le reste du vivant).

En leur montrant que nous sommes unis, un peuple efficace et heureux, que nous demandons, comme nos frères, la reconnaissance de notre droit et de notre pays.

Tâchons de créer, avec les formations bretonnes, une réponse efficace et unie afin d’imposer dans le débat public la reconnaissance de nos nations et de nos droits.

Car nous devons imposer que tout projet de renouvellement du cadre français soit basé sur une reconnaissance des peuples et de leurs droits !

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