C’est une nouvelle affaire qui remue le monde brittophone depuis ce début de janvier 2026. Le petit Fañch, 14 mois, a vu son prénom refusé par l’état civil. En cause ? Le tilde, ce signe diacritique qui indique une nasalisation lors de la prononciation : l’administration de l’état civil, appuyée par le procureur de la République, estime que le tilde n’appartient pas à l’alphabet français de manière officielle. Ses parents, Amélie Caro, la maire de Pleyben (29) et son père Jérémie, ont été convoqués devant le tribunal de Brest le mardi 6 janvier, après avoir contesté la décision de l’administration. Ils défendent l’identité bretonne de leur fils face au centralisme français.
● Jacobinisme larvé
L’État français redouble d’efforts pour imposer sa vision étriquée de la Nation française. Pour rappel : durant la Révolution de 1789, les révolutionnaires ont travaillé à la construction d’un État centralisé et homogène afin de stabiliser la République naissante, lissant de fait les particularités des peuples et identités qui ont été incorporé-e-s à ce qui deviendra ensuite la « Nation française ». Pour cela, ils ont créé les départements, ont imposé une standardisation de la langue, discriminant de fait les autres langues déjà installées sur le territoire remodelé (breton, basque, corse, occitan…).Mais à cette époque, la nation française n’existe pas de fait ; elle n’est pas unilatéralement comprise ni vécue en tant que telle. Maurice Agulhon (1926 – 2014), dans ses travaux sur la République et la culture politique françaises, indique que c’est notamment la doctrine jacobine qui a permis la production d’un État fort, qui inventera lui-même la nation. C’est pour cela que nous pouvons dire que c’est l’appareil étatique précéda à la nation française, et non pas l’inverse, ce qui est une singularité en Europe.
Rappelons aussi les travaux du sociologue Ernest Renan qui, dans son ouvrage Qu’est-ce qu’une nation ? (1882), explique que la nation est un concept qui se vit mais ne s’impose pas, se base sur une volonté partagée de faire communauté. Or, en France, l’État centralisé pré-existait à cette volonté, qu’il a tout fait pour créer. Par héritage, l’État français contemporain perpétue cette tradition jacobine, ainsi que le montre cette nouvelle affaire Fañch, en refusant l’inscription du tilde breton. En respectant la loi, le procureur rend de facto illégale l’existence même du « ñ », qui se trouve pourtant un élément traditionnel et constitutif de la langue bretonne.
Pourtant, la langue bretonne et ses prénoms sont antérieurs à la langue française, et plus encore à l’État français. En cherchant à pénaliser nos identités, l’État leur dénie leur droit à exister, ce qui constitue d’une certaine façon une forme de négationnisme historique. Ce procédé d’effacement des cultures est un outil que l’on retrouve dans les pratiques ethnocidaires.
● Quid des « droits de l’Homme » ?
En refusant le tilde, l’administration contredit une logique interne à la langue bretonne : ce signe diacritique constitue en effet une indication sur la bonne prononciation à adopter. Mais cela, la machine bureaucratique s’en moque ; elle n’est là que pour enregistrer, valider, classer les contenus en suivant un protocole rigide et suranné. Ce faisant, elle perd pied et se retrouve hors-sol. Totalement déconnectée de la réalité, la voilà qui fait fi de l’usage social et des interactions qui relèvent de la pratique d’une langue.
Cependant, le droit vient en secours aux revendications des usagers du breton : l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’Homme est très clair en cela qu’il garantit le respect de la vie privée et familiale, ce qui comprend le choix linguistique du breton. En s’y opposant, l’administration française contrevient aux principes auxquels elle est censée souscrire, puisqu’elle adhère elle-même aux conditions qui permettent à un État de faire partie de l’Union européenne ! Il y a donc quelque chose de très sarcastique à ce que l’État central se borne à ce point quand il se trouve incapable de suivre les règles de prévalence du droit qu’il prétend défendre. La France persiste et signe dans son atteinte aux principes universels qui composent la structure même des Droits de l’Homme, et se contredit lorsqu’elle revendique des valeurs qu’elle n’applique pourtant pas quand s’agit de ses propres administrés. L’universalité des droits et des valeurs qu’elle érige en étendards ne semble pas concerner les Bretons.
Face à la même résistance de l’état français le tribunal de Rennes a statué en faveur d’une famille demandant que le ñ de leur enfant soit reconnu en utilisant l’argument que le ministre Nuñez utilise ce signe diacritique officiellement en tant que représentant officiel de l’état français.
● Vers une reconnaissance de nos identités nationales
Une lueur d’espoir demeure : l’affaire Fañch 2025 – 2026 n’est pas la première, des précédents existent déjà. A Rennes et à Lorient, des affaires similaires avaient abouti à la reconnaissance du tilde sur ce même prénom, faisant jurisprudence. En effet, malgré les refus du procureur, l’enregistrement du prénom avait pu se faire grâce à la pugnacité de parents qui ne s’étaient pas laissés déstabiliser malgré les stratégies de la mécanique jacobine. Cela constitue une véritable victoire pour le peuple Breton et toute ses composantes, brittophones ou non. En tenant le cap face aux velléités centralisatrices, nous parviendrons collectivement à défendre notre identité, nos différences et notre droit à exister en-dehors d’un cadre normatif excluant. Cela montre aussi que malgré les attaques répétées de l’État français sur nos langues nationales, nous pouvons gagner si nous restons unis et déterminés.
Bref, nos valeurs universelles ne sont pas n’importe lesquelles : a contrario des politiques menées par le centralisme français, elles s’inscrivent dans le respect plein et entier des identités nationales de France, et se portent garantes des droits humains que les héritiers des Lumières prétendent être les seuls à incarner. Les « affaires Fañch » sont de parfaites illustrations des nombreuses collusions qui interviennent entre l’État et nos volontés autonomistes et indépendantistes. Nous revendiquons notre histoire, nos langues et nos particularités, que les récentes décisions judiciaires viennent soutenir. Il est de notre devoir d’emprunter la voie qui se dessine vers la reconnaissance de nos diversités.
Bevet Fañch Dieub,
Bevet Breizh Dieub !
- Douar ha Frankiz